Les Rouies Par le Refuge du Pigeonnier

Situation

Les Rouies en vue
  • Altitude départ : 1642
  • Altitude sommet : 3589
  • Dénivelé : 1947
  • Distance : 6.7 km km
  • Temps de montée : 3+4h30
  • Temps de descente : 5 à 6h
  • Orientation : Sud-Est
  • Itinéraire :
    • en boucle
  • Accès : De Grenoble ou de Gap, par la N85, rejoindre la Vallée du Valgaudemar (St-Firmin, Villar-Loubière, La Chapelle en Valgaudemar...) et aller au bout de la vallée pour stationner sur le parking du refuge-hôtel du Gioberney.


Proposé le patrice NICOLAS

Itinéraire

Du parking du Gioberney, emprunter le sentier qui monte au Refuge du Pigeonnier et qui s'élève le long du torrent de Muande Bellone. Il faut environ 2h30 à 3h pour atteindre le refuge (fin de la première journée).
De bonne heure (3h du matin), quitter le refuge et traverser de niveau vers l'ouest puis monter en lacet en direction d'un couloir médian (ne pas s'engager dans la pente de neige de droite, ni vers les séracs de gauche). Le couloir qu'il faut emprunter se redresse sévèrement et se retrécit. Le suivre jusqu'à son étranglement final et mettre pied sur la rive sud du vaste glacier des Rouies (attention aux crevasses dans cette partie). Grimper légérement vers le NO puis vers l'ouest. La pente va bientôt s'adoucir. Il faut désormais entamer une longue marche vers le sommet déjà visible mais encore bien loin. Eviter les zones à gauche (crevasses) et rester si possible sur le faîte du glacier, vers la droite. Parvenu sous le sommet, franchir la rimaye (plus ou moins ouverte selon les années) et gravir la pente sommitale.

Précautions

Matériel d'alpinisme (piolet, crampons) obligatoire. Maîtrise des techniques d'encordement et de secours en crevasses. Connaissance de la haute montagne requise (lecture du terrain).

Difficultés

Trois difficultés: Le couloir raide (35 à 40°) qui donne accès sur le glacier. Le glacier lui-même qu'il faut traverser de bout en bout et qui cache quelques crevasses traîtresses; le passage de la rimaye sous le sommet

Commentaires itinéraire

7-laux
10-07-2006 19:31:38

Nicolas a écrit "Trois difficultés: Le couloir raide (35 à 40°) qui donne accès sur le glacier. Le glacier lui-même qu'il faut traverser de bout en bout et qui cache quelques crevasses traîtresses; le passage de la rimaye sous le sommet" Ces difficultés sont tres variables et dépendent des conditions rencontrées. En Juin - début juillet : Le couloir qui est plutot entre 40 et 45° est en neige (R5 en neige correcte). En fin de saison, Il est plus facile quand il est en pierre (R4) mais les risques de chute de pierre sont réelles (il y a deja eu des accidents graves) Le glacier est facile à traverser En Juin - début juillet, la rimaye passe bien par contre en fin de saison c'est la principale difficulté (broche à glace impérative) Cette course est décrite dans les "100 plus belles - Massif des Ecrins" course 19. Les séracs qui dominaient de facon inquietante le vallon d'acces au couloir il y a quinze ans et plus ont bien fondus

Sortie : Joie et drames de la montagne...

Pour cette sortie entre amis, nous avons bénéficié d’une météo parfaite. La veille, mardi 26, nous avons déjeuné au chalet-hôtel du Gioberney (1642m), avant de monter au refuge du Pigeonnier (2423m). Nous étions quatre, et nous avions donc prévu de faire 2 cordées de 2, une féminine (dont notre responsable, alpiniste très expérimentée, en première de cordée), une masculine (avec moi en tête).

Au refuge du Pigeonnier, il y avait un autre petit groupe avec un guide, qui visaient le même sommet que nous. Le lendemain matin, ce guide, vu les conditions météo, renonça à emprunter le fameux couloir raide de la VN qui donne accès au glacier. Nous avons alors fait de même. Lever à 3h30, départ à 4h30. Après le sentier du cirque de la Muande, on a pris pied sur les névés, puis on est passés à gauche sous le couloir, et on a continué en traversée sur la pente de neige avant de monter rejoindre le col, puis le superbe plateau glaciaire des Rouies.

C’est au débouché sur ce plateau que notre première cordée a dû renoncer (gros problème de santé aussi soudain qu’imprévu pour notre "guide" !).  Mais avant de faire avec sa compagne de cordée le demi-tour urgent qui s’imposait, elle nous a incités à poursuivre tous les deux sur le glacier, jusqu’au sommet déjà bien visible d’ici, munis de quelques précieux conseils. Quel choc, et quelle responsabilité !

Nous avons donc continué seuls tous les deux dans cette immensité blanche, vers le pied de l’imposant "bastion" sommital en face de nous. Encordés bien sûr, mais pas très rassurés quand même. Par chance, la neige était impeccable, bien ferme et profonde, les crevasses apparemment bien bouchées, et la rimaye quasi invisible… C’est à ce moment-là, au pied de l’imposante et raide pente terminale, toute enneigée de bas en haut, que mon compagnon déclara forfait : il ne souhaitait pas aller plus loin, monter là-haut, il ne s’en sentait plus la force. Sans doute aussi était-il marqué par le fait que son épouse venait de redescendre avec notre "guide" du jour ?

J’ai hésité un bon moment : grimper là-haut tout seul, et donc sans être assuré, évidemment ? Puis en redescendre idem ? Vas-y si tu en as envie, me dit mon compagnon, je te surveillerai, je ne te quitterai pas des yeux. Certes… Bien sûr l’envie était forte, mais la crainte tout autant ! Finalement j’ai décidé d’essayer, et je me suis lancé. J’ai franchi la rimaye bien bouchée, puis j’ai commencé, lentement, prudemment, la montée. Quand la pente se raidit et approche les 40°, j’ai veillé à chaque pas à bien enfoncer les pointes avant de mes crampons, et au-dessus de moi la pointe de mon piolet, dans une neige heureusement bien dure. Et c’est ainsi que, pas après pas, le cœur battant, j’ai fini par y arriver, à ma plateforme sommitale ! Il était 9h40. Et là alors, quelle joie, quelle fierté !

Mais je ne me suis pas beaucoup attardé au sommet, malgré le fabuleux panorama (dont les Ecrins, le Râteau, la Meije, le Coolidge, la Grande Ruine…) où ces sommets prestigieux jouaient à cache-cache avec les nuages. Ce n’était pas le tout d’y monter, il fallait maintenant en redescendre, toujours tout seul !

Arrivé à l’endroit de la rupture de pente, là où elle plongeait vers le plateau, j’ai commencé par prendre le temps d’observer le trajet potentiel le plus "rassurant" - c’est-à-dire celui qui me permettrait d’éviter les quelques pointes rocheuses qui dépassaient ça et là de la neige, et qui pourraient s’avérer redoutables en cas de dévissage ! Puis j’ai décidé de commencer ma descente face à la pente neigeuse, donc dans la même position qu’à la montée, en marche arrière en quelque sorte. C’est donc ainsi, très très lentement, pas après pas, que je suis redescendu, en surveillant régulièrement que les pointes rocheuses soient hors trajectoire en cas de glissade. En bas, de toute façon, là où se trouvait mon compagnon qui me suivait des yeux, il y avait une bonne cuvette, idéale pour me réceptionner en douceur au cas où… Et quand, enfin, la pente s’est adoucie, je me suis retourné pour terminer ma descente dos à la pente.

Énorme ouf de soulagement une fois arrivé auprès de mon copain !!! Et bonne petite pause bien sûr. Puis on s’est encordé, et en avant pour le retour au refuge. Retour sans histoire, facile, nos traces de montée étant encore visibles. Toutefois je me souviens bien qu’une fois sortis du glacier, la neige était bien transfo, bien plus ramollie qu’à la montée. Et donc, dans les passages en dévers, il valait mieux faire attention et veiller à bien enfoncer ses crampons profondément dans la neige, pour ne pas risquer de glisser dans les pentes raides à notre droite. Je surveillais alors encore plus attentivement, corde bien tendue, mon compagnon devant moi…

Nous avons rejoint les filles au refuge vers 13h. Nous en sommes repartis une heure plus tard. Notre retour à Sainté n’a pas posé problème, mais nous étions accablés par ce qui était arrivé à notre copine (son problème de santé allait se révéler très sérieux, au point de l’empêcher dorénavant de monter en altitude. Elle doit depuis se contenter de randonner en moyenne montagne…).

Mais l’histoire et le drame ne s’arrêtent pas là ! Le lendemain de notre sortie, j’ai appris en effet, aux infos du jour, que la veille, mercredi 27, donc au même moment que nous, un groupe de 5 Lyonnais étaient partis pour effectuer l’ascension de la Cime du Vallon, un sommet "facile" de 3400m tout proche des Rouies. Partis du refuge de l’Olan, ils avaient atteint le sommet vers 11h, mais dans la descente leur cordée de 5 (!) a dévissé, ils ont alors glissé dans la pente raide puis sauté une barre rocheuse de 150m. On les a retrouvés morts tous les cinq au pied de la barre…

Depuis, à chaque fois que je repense aux Rouies, je ne peux m’empêcher d’associer ce terrible accident à notre course à nous. Au drame qui  touché notre animatrice et l’a empêchée de poursuivre la montée. Mais aussi bien sûr à cette neige hyper transformée que nous avons foulée lors de notre descente, et qui a probablement facilité le dévissage d’un membre de la cordée lyonnaise, entrainant avec lui les 4 autres dans la chute.

Etrange coexistence dans mon souvenir d’une belle et singulière "victoire'"et de deux drames, l’un personnel et l’autre collectif.

Une course que je ne suis pas prêt d’oublier…

(sortie rédigée en août 2021)


Tout là-haut, le refuge du Pigeonnier
Refuge du Pigeonnier
Sous le couloir de la VN
En tête, la cordée féminine, peu avant son demi-tour
Les Rouies en vue
Du sommet vers le Nord (Tête de l'Etret)
Du sommet, la Barre des Ecrins
Du sommet, le Râteau et la Meije
Itinéraire de montée du glacier vers le sommet
Vue arrière sur le vallée de la Muande-Bellone
  • Date : 27-06-2007
  • Durée : 8h30
  • Dénivelé : 1947 m
  • Participants : 3 ami(e)s cafistes


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