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Vol libre - faire connaissance avec un champion : le gypaète

Vol libre - faire connaissance avec un champion : le gypaète

Si demain, en vous promenant dans les Alpes, vous avez l'heureuse chance de pouvoir admirer les évolutions du plus grand rapace d'Europe planant dans le ciel bleu, il s'agit peut-être du Gypaète barbu. 
 
Majestueux, il laisse place aux rêveries, grands espaces inaccessibles ou rêve d'apesanteur, moi qui ne touche le ciel que du bout de mes jumelles, je l'envie un peu je dois l'avouer... Il m'a souvent accompagné lors de mes sorties en grandes voies dans le Vercors, dans les Cerces, apportant vie et responsabilité à mes activités outdoor, je devais bien lui rendre un hommage, sans lui il aurait presque manqué le principal.
 
Du coup me voilà embarquée pour participer au comptage des gypaètes à Archiane (Vercors) dans le cadre du programme de réintroduction européen qui a démarré il y a plus de 40 ans, je me doutais bien alors que je découvrais un univers teinté de légendes et de fascination.
Je réalise que sa réintroduction mobilise plusieurs associations, les parcs naturels, des ornithologues amateurs et passionnés, et s'avère compliquée par le cycle de reproduction très long du bel oiseau. L'emblématique oiseau est classé espèce quasi-menacée par l'UICN en 2014.
A ce jour, grâce au travail persévérant de tous ces acteurs engagés pour sa sauvegarde et sa pérénité, on peut dire que la réintroduction du gypaète dans les Alpes est proche du succès.
 
Alors pour faire connaissance un peu mieux, après quelques observations prolongées, des infos glanées à droite à gauche, des discussions échangées avec des professionnels ou des passionnés, j'ai l'impression qu'apprendre à les connaitre m'enrichit un peu. Ils n'ont pas fini de me faire rêver ces as du ciel !

Un peu d'histoire :
Dans les Alpes, en 1886, le dernier gypaète tombait en Suisse (selon les sources, peut être en 1913), victime de la légende populaire qui faisait de lui un enleveur d'agneaux ou même d'enfant. À l’instar du loup ou de l’ours, Stigmatisé et faisant l'objet de nombreuses légendes populaires, le gypaète a subi une violente discrimination de la part des habitants des montagnes qui voyaient en lui « la silhouette d’une bête terrifiante ». La domestication du milieu montagnard et le recul des ongulés sauvages ont fortement contribué à la disparition du rapace dans les Alpes.
Le grand vautour, nullement agressif (il ne chasse pas - n'a pas d'ennemi dans le monde vivant), ni même territorial (son territoire se superpose facilement à celui d'autres espèces ou congénères) il n'aura pas survécu à l'ignorance.
Dans l'imaginaire, poursuivi par sa réputation, après avoir été accusé d'avoir été à l'origine de la mort du poète grec Eschyle, Le roman de Jules Verne, Cinq semaines en ballon, imagine ainsi en Afrique les trois héros de l'œuvre se faire attaquer en montgolfière par quatorze gypaètes.
Il aura fallu attendre le début du 20ième siècle, pour qu'un intérêt soit à nouveau porté au grand rapace. 
 
La réintroduction :
Classée espèce protégée en France depuis l’arrêté ministériel du 17 avril 1981, l'espèce est inscrite, au niveau européen, à l'Annexe I de la Directive "Oiseaux" en avril 1979. Une coopération européenne voit le jour en 1978, en Suisse, il est alors décidé de fusionner l’ensemble des projets en un seul programme de conservation.
Il faudra attendre près de 10 ans avant la première réintroduction d'oiseaux venus d'Afghanistan en Autriche en 1986 avec un premier lacher dans la vallée du Rauris. Celui-ci n'ayant pas fonctionné, l'année suivante sur la commune du Reposoir en Haute-Savoie trois oiseaux sont lâchés mais deux meurent à la suite d’accidents.
Suivent le parc national Suisse Engadine, le parc national du Mercantour, le parc national Alpi Marittime et le parc national du Stelvio en 2000.
Depuis 2010, le Vercors accueille un site de réintroduction dont l’objectif est de renforcer la population dans les Alpes et faciliter les échanges entre les populations des Alpes et des Pyrénées.
L'objectif du programme au-delà d'assurer l'augmentation de leur population, favorise l'élargissement de l'aire de répartition de l'espèce pour permettre des migrations inter-massifs et encourager la mixité génétique indispensable à la pérennité de la population de gypaètes.
L’espèce parvient à présent à se reproduire dans son milieu naturel, c'est un indicateur très encourageant qui présage un avenir espérons le, plus serein au gypaète.
 
Quelques infos pour le reconnaitre :
Un vautour barriolé à l'allure fière vous nargue de son oeil perçant et clair cerclé de rouge ?
Le gypaète est un oiseau discret, vous n'entendrez probablement jamais son cri (un sifflement puissant) contrairement à l'aigle plus expressif.
De 2m60 à 2m90, le plus grand rapace d'Europe dépasse le vautour fauve plus répandu sur les territoires alpins. Son envergure gigantesque, ses ailes effilées, son plastron barriolé permettent de le reconnaitre aisémant.
Parfait planeur, souvent solitaire, s'élevant le long des versants adrets au moindre léger courant ascendant (c'est le plus rapide des rapaces dans cette catégorie, il fuit même généralement les colonnes d'air puissantes), il est identifiable facilement à sa queue en losange, cunéiforme et se rencontrera le plus souvent le long des falaises. Il ne cherche pas nécessairement la haute altitude, et repère sa nourriture en survolant à quelques centaines de mètres les espaces dégagés.
Le mâle et la femelle ne font pas l'objet de dysmorphisme sexuel, difficile donc de savoir qui est Madame.
Avec un peu d'entrainement, il est même possible de connaitre son âge. En effet, la couleur du plumage de sa tête fonce au cours des années, jusqu'à 4 ans (subadulte) il sera plus foncé tirant sur le noir. D'allure plus massive que l'adulte, ses ailes seront plus larges. A l'âge adulte, le plumage de la tête et du cou s'approchera du beige, du roux/ocre, contrastant avec le dessous sombre de ses ailes.
 
Conçu pour voler loin et longtemps, il se rencontrera le plus souvent en versant sud ou Est, il attend que la paroi se réchauffe près d'1 heure parfois après l'exposition au soleil, ne fait pas de piqué vertigineux contrairement à l'aigle mais peut rester en vol planant sur de bien plus longues distances. Capable de voler 150 kilomètres par jour, il restera plusieurs heures en vol, avec le vent ou sous le vent, avec la plus grande maîtrise, à la recherche de nourriture.
C'est le moment d'envisager la pause !
 
En savoir un peu plus sur sa vie :
Le gypaète peut vivre en liberté une 30aine d'années.
 
Photo en Valais Suisse de Patrick Schwitter visible ici
 
Ses 6/7 premières années seront consacrées à la recherche d'un territoire et d'un partenaire, il effectue une sorte de long voyage initiatique au cours duquel il va affronter de nombreux dangers dus à des phénomènes naturels, il peut alors parcourir de longues distances, changer de massif, et s'exposer ainsi à des risques anthropiques importants.
A sa maturité sexuelle, autour de sa 7ème année il s'installe en général durablement pour construire une aire inaccessible pouvant mesurer plus de deux mètres de diamètre. Il affectionne les reliefs accidentés et abrupts présentant à la fois des milieux ouverts où il peut repérer les carcasses des animaux morts dont il exploitera les restes osseux, les milieux rocheux composés de falaises où il pourra nicher et les pierriers sur lesquels il pourra casser les os qui composent l’essentiel de son régime alimentaire. L’altitude de son domaine vital en France ne descend pas en dessous de 500 m. Il s'installera entre 900 et 2550 m d’altitude, dans de vastes cavités ou des cavités abritées des intempéries. La femelle y pondra un ou deux oeufs, au début ou au courant de l’hiver. Les pontes de remplacements sont rares. Les éclosions ont lieu majoritairement en mars, réalisées dans des conditions climatiques extrêmes en altitude. L’élevage d’un unique jeune dure quatre mois environ et ce dernier s’envole dans le courant de l’été. Les deux parents se chargeront de l’élevage du jeune gypaéton jusqu'au début de l’hiver suivant.
Chaque couple ne peut élever qu’un seul jeune par an. Le "Cainisme" pratiqué par le gypaète veut qu'en cas de deux éclosions, un seul des deux gypaétons soit elevé.
 
Economisant son énergie en se nourrissant exclusivement d'animaux morts (quel fainéant...) il n'a pas besoin de beaucoup de calories (200g d'os par repas en moyenne alors que son estomac pourrait en contenir 8 fois plus) et peut jeuner plusieurs jours après un repas. Surnommé le "casseur d'os" pour sa technique de lâcher d'os à quelques dizaines ou centaines de mètres du sol lorsqu'il ne peut pas le consommer en l'état, il est le dernier à nettoyer les carcasses d'animaux morts.
Les biologistes diront qu'ils est indispensable à l'écologie de la nature en tant que dernier maillon, les naturalistes se régaleront des variations de couleurs de ses plumes, de son vol majestueux, de son air faussement indifférent et de sa barbe qui lui vaut son drôle de nom. Pour l'éthymologie, le nom de gypaète est formé des noms grecs gups (vautour) et aétos (aigle), pour barbatus il semble que ce soit évident :-).
Amoureuse des grands espaces, et toujours ravie par sa présence élégante, j'ouvre toujours plus grands mes yeux, cherchant désormais à savoir si il fréquente le secteur.
 
Suivi de l'évolution des populations dans les Alpes françaises
Il a été dénombré 77 gypaètes au total dans les Alpes, présents en Savoie (Haute-Maurienne, Beaufortain, Haute-Tarentaise), Haute-Savoie (Bugey, Passy, Sixt fer à cheval/Buet, Aravis), Vercors, Ecrins (Oisans, Devoluy, Champspaur, Valgau) Barronies et Mercantour. En 2019, 11 gypaétons nés en milieu naturel ont pris leur envol dans les Alpes : l'avenir de l'emblématique oiseau est donc encourageant.
 
L'insuffisance de ressource alimentaire explique que le gypaète déserte certains massifs. La qualité des territoires d’alimentation est assurée par les populations abondantes de Bouquetins et de Chamois. Les couples de Gypaètes alpins nichent tous à proximité des zones d’hivernage du Bouquetin. La préservation de l'ongulé garantira celle des gypaètes.
Le tir de chasse est malheureusement encore une cause de mortalité enregistrée et les risques de collision contre les câbles aériens en particulier dans les Alpes qui abritent les plus grands domaines skiables actuels explique une partie des accidents. Pour limiter les risques de collisions, le Parc national de la Vanoise a entrepris de signaliser les câbles aériens dangereux.

Personne encore n'a élucidé le mystère de sa barbichette, à vos suggestions !
 
Je vous conseille également les excellents dessins d'Alexis Nouailhat, emplis d'amour, d'humour et de poésie. Un régal !
Merci Luc pour la découverte de ce croqueur talentueux.
 
 
Pour les grimpeurs vertaco fréquentant Archiane :
Il semble qu'il y ait aujourd'hui 5 gypaètes dans le Vercors.
Le gypaète est un oiseau qui souffre du dérangement pendant sa période de reproduction, il est évidemment indispensable de ne pas fréquenter une falaise sur laquelle il y aurait un nid au risque d'abandon de couvaison. Leur saison de reproduction démarre au mois d'octobre, ils seront donc d'autant plus faciles à voir, le gypaète peut multiplier ses lieux de nidification dans différentes cavités pour se débarrasser des parasites qui occuperaient son nid, si vous ouvrez l'œil, vous vous apercevrez qu'ils vous surveillent. De mon poste sur le village nous n'avons pas identifié leur nid, tous les oiseaux observés étaient en vol. Pour info, à ce jour aucune reproduction dans le secteur sud Vercors.
 
Je remercie chaleureusement Sophie DUNAJEV, pour sa photo en entête de page, vous pouvez consulter son travail sur son site www.sophiedunajev.com.
Sophie a accepté de me parler de sa passion, à retrouver ici pour en savoir plus


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